La réélection inattendue de Luiz Inácio Lula da Silva a provoqué une réévaluation brutale du real et des principales exportations agricoles du Brésil. La devise est passée de 4,98 à 5,60 reais pour un dollar au lendemain du vote, sa plus forte baisse quotidienne depuis 1999.
Ce choc a immédiatement modifié les incitations. Les récoltes étant vendues en dollars tandis que salaires, carburant et dépenses locales sont payés en reais, la dépréciation permet aux producteurs d'accepter des prix mondiaux inférieurs sans sacrifier leur rendement en monnaie nationale.
Le sucre brut a terminé la semaine en baisse de 4,3%, après avoir perdu jusqu'à 7%. L'arabica a reculé de 5,9%, le soja de 2,9% et le jus d'orange d'environ 8% par rapport à l'avant-élection. Le Brésil domine ces quatre marchés d'exportation.
Le mouvement a pénalisé les fonds très exposés à la hausse. Avant le scrutin, leurs positions longues nettes sur le sucre avaient atteint 269 008 contrats, un sommet de cinq ans, tandis que celles sur le café arabica avaient progressé de près de 60% en une semaine.
Le change n'est pas la seule force. El Niño et la faiblesse de la mousson indienne soutiennent le sucre, les pluies ralentissent la récolte de canne et ont dégradé la qualité du café. Les stocks certifiés restent donc historiquement faibles malgré une récolte abondante.
Le jus d'orange souffre d'un autre problème : les consommateurs réduisent leur consommation de sucre et choisissent d'autres boissons. L'offre brésilienne moins chère accentue la baisse, mais les prix réduits n'ont pas encore réveillé la demande, comprimant les exportateurs des deux côtés.
La suite dépendra de la réponse budgétaire de Lula. Les investisseurs craignent que déficit et dette maintiennent les taux élevés et affaiblissent davantage le real, encourageant les ventes anticipées. Mais la dépréciation renchérit aussi les engrais importés et limite la protection offerte aux producteurs.



