Le renforcement de la politique industrielle européenne crée des frictions avec la Suisse, la Norvège et d'autres économies voisines, très liées au marché unique mais extérieures à l'Union. Les mesures destinées à contrer les subventions chinoises et le protectionnisme américain peuvent aussi traiter des partenaires européens comme des concurrents étrangers.
La Norvège, l'Islande et le Liechtenstein participent par l'Espace économique européen, tandis que la Suisse s'appuie sur un réseau dense d'accords bilatéraux. Ces pays reprennent une grande partie des règles, versent des contributions importantes et accèdent à quelque 450 millions de consommateurs sans participer pleinement aux décisions.
L'équilibre est éprouvé à mesure que Bruxelles ajoute subventions, droits de douane, sauvegardes et préférences pour les biens fabriqués dans l'UE. Les responsables suisses souhaitent que l'éligibilité couvre les chaînes de valeur européennes entières, sans exclure une installation appliquant des règles compatibles uniquement parce qu'elle se trouve au-delà de la frontière.
Un différend sur le traitement des déchets a illustré le problème lorsque l'installation appropriée la plus proche se trouvait en Suisse. Bruxelles a finalement accordé une exemption, mais la sidérurgie suisse reste exposée aux sauvegardes européennes et au projet d'Accélérateur industriel privilégiant la production interne.
L'UE est le premier partenaire commercial de la Suisse et la contribution financière de Berne doit augmenter avec un nouveau paquet bilatéral. Les versements annuels passeraient d'environ 130 millions à 350 millions de francs suisses, mais les accords exigent encore l'aval du Parlement et probablement un référendum en 2027 ou 2028.
La Norvège paie également des centaines de millions pour participer au marché et développe ses échanges par l'Association européenne de libre-échange, qui compte 35 accords couvrant 49 pays. Des restrictions sur certains alliages ont pourtant touché ses exportateurs et conduit Oslo à s'interroger sur l'efficacité des protections de l'EEE.
Oslo a confié les dossiers commerciaux européens à son ministère des Affaires étrangères alors que la frontière entre régulation et politique géoéconomique devient moins nette. Les tensions relancent le débat sur une adhésion complète, option qui demeure profondément clivante après les refus exprimés précédemment par les électeurs norvégiens.
L'Islande prépare un vote sur la réouverture des négociations d'adhésion, tandis que le Liechtenstein rappelle que l'EEE forme déjà un marché de 30 États. Leur dilemme est commun : plus Bruxelles lie le soutien industriel à l'appartenance formelle, plus une économie européenne fluide devient difficile à préserver à la périphérie de l'Union.



