Europe

L'Italie et l'Espagne aggravent leur différend sur Ceuta par des contrôles réciproques

Les contrôles réciproques imposés aux voyageurs ont transformé la crise migratoire de Ceuta en différend entre deux grands gouvernements de l'UE, mettant la libre circulation à l'épreuve malgré leur caractère annoncé comme temporaire.

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L'Espagne a commencé samedi à minuit des contrôles aléatoires sur les voyageurs arrivant d'Italie, étendant au système Schengen les conséquences politiques de l'arrivée massive d'environ 72 000 personnes à Ceuta. Madrid a présenté cette décision comme une réponse réciproque aux contrôles instaurés par Rome le 1er août pour les passagers venant d'Espagne.

Le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a qualifié la réaction espagnole d'incompréhensible et d'inacceptable, tout en défendant le devoir de Rome de protéger ses frontières. Il a évoqué la possibilité que certains arrivants adhèrent à des idées djihadistes et déclaré que l'Italie souhaitait lever ses restrictions dès que le risque perçu aurait disparu, en mentionnant des appels en ligne à une nouvelle traversée massive à la mi-août.

Le chef de la diplomatie espagnole, José Manuel Albares, a estimé que la mesure italienne avait provoqué des scènes intolérables dans les aéroports et porté atteinte à la dignité espagnole comme à l'unité européenne. Madrid a souligné que la frontière de Ceuta était revenue sous contrôle avant le début des vérifications italiennes et que la plupart des personnes entrées avaient déjà été renvoyées au Maroc.

L'Espagne a également rappelé que Ceuta, territoire espagnol d'Afrique du Nord, se trouve hors de l'espace Schengen. Sans citoyenneté de l'Union européenne ni titre de séjour légal, la poursuite du voyage vers l'Europe continentale est fortement limitée, ce qui fragilise la crainte exprimée par Rome de voir l'Italie devenir la principale destination des personnes ayant franchi la frontière.

Les mesures touchent un corridor bilatéral très fréquenté, emprunté par plus de huit millions de voyageurs l'an dernier. Les retards et contrôles de documents dans les aéroports ont rendu le différend migratoire visible pour les passagers et accru la pression sur les deux gouvernements afin que des mesures temporaires ne deviennent pas un obstacle durable au sein de l'Union européenne.

L'affrontement traduit aussi des récits politiques opposés sur la régularisation. Rome a lié le programme espagnol de délivrance de papiers aux travailleurs migrants à l'afflux de Ceuta, alors que les institutions européennes avaient écarté ce lien. L'Italie prépare elle-même près de 1,1 million de permis de travail pour des étrangers d'ici 2028, et les deux pays ont déjà mené de vastes opérations de régularisation.

La présidente du Conseil Giorgia Meloni cherche à présenter l'Italie comme un défenseur ferme du contrôle migratoire, tandis que le premier ministre espagnol Pedro Sánchez affirme que les travailleurs étrangers sont nécessaires à la croissance économique et à la stabilité démographique. Des responsables de l'opposition italienne ont accusé le gouvernement Meloni d'avoir fabriqué une crise diplomatique dont les citoyens italiens paieraient le prix.

Le commissaire européen à la migration, Magnus Brunner, a indiqué que les ministres de l'Intérieur des deux pays avaient confirmé le caractère temporaire des contrôles. L'Espagne a assuré à la Commission européenne que les événements de Ceuta n'auraient pas d'effet durable sur Schengen, tandis que l'Italie a signalé une possible levée prochaine de ses restrictions. Le différend révèle néanmoins la capacité de la politique migratoire à perturber la coordination européenne, même lorsque les électeurs placent le coût de la vie, la sécurité et l'emploi avant la migration parmi leurs priorités parlementaires.