Asie

Les pourparlers de l'ASEAN à Manille éclipsés par la guerre en Iran et les tensions en mer de Chine méridionale

Les ministres des Affaires étrangères d'Asie du Sud-Est se sont réunis à Manille pour des pourparlers annuels éclipsés par la guerre entre les États-Unis et l'Iran, craignant que la concentration militaire de Washington sur le Moyen-Orient ne détourne l'attention des actions agressives de la Chine en mer de Chine méridionale. Le secrétaire d'État américain Marco Rubio et le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi figurent parmi les participants clés.

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Les ministres des Affaires étrangères d'Asie du Sud-Est ont entamé mardi à Manille trois jours de pourparlers, la guerre entre les États-Unis et l'Iran projetant une ombre longue sur la réunion annuelle. Le conflit a suscité des inquiétudes quant au fait que l'engagement militaire de Washington au Moyen-Orient pourrait réduire son attention sur les défis de sécurité en Asie-Pacifique, y compris les actions assertives de la Chine en mer de Chine méridionale[reference:45][reference:46].

Le secrétaire d'État américain, Marco Rubio, est arrivé dans la capitale philippine pour renouveler les assurances de Washington quant à son engagement dans la région. "La visite du secrétaire fait avancer une priorité claire des États-Unis : un Indo-Pacifique libre et ouvert qui apporte sécurité et prospérité à la région et au peuple américain", a déclaré le porte-parole du département d'État, Thomas Pigott[reference:47]. Rubio devrait rencontrer d'autres membres du bloc Quad — Inde, Japon et Australie — en marge des réunions de l'ASEAN, un groupement considéré comme un pilier de la stratégie américaine pour contrer l'influence croissante de la Chine[reference:48].

La guerre entre les États-Unis et l'Iran a dominé les débats, les ministres des Affaires étrangères de l'ASEAN exprimant leur inquiétude face aux hostilités renouvelées au Moyen-Orient qui se sont déjà étendues à d'autres pays[reference:49]. Le détournement de la puissance militaire de Washington vers la région a suscité des interrogations sur sa capacité à maintenir une présence solide en Asie-Pacifique, alors que les tensions entre la Chine et les Philippines continuent de s'intensifier en mer de Chine méridionale[reference:50].

Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, participe également aux réunions, et Rubio a indiqué qu'il serait ouvert à une rencontre bilatérale. "Quand on a deux grands pays puissants comme les États-Unis et la Chine, il y aura toujours des irritants, il y aura toujours des choses sur lesquelles nous ne sommes pas d'accord", a déclaré Rubio avant de quitter Washington. "Mais je pense qu'il incombe à des pays puissants et importants comme les nôtres de continuer à parler et d'entretenir une relation — nous le devons les uns aux autres, à nos peuples et au monde"[reference:51].

Au-delà des conflits externes, les ministres de l'ASEAN sont confrontés à la pression de s'attaquer aux crises régionales, principalement la guerre civile au Myanmar et les différends territoriaux en mer de Chine méridionale[reference:52]. Depuis que l'armée birmane a pris le pouvoir en 2021, plus de 8 100 personnes ont été tuées et près de 22 500 restent détenues, selon l'Association d'assistance aux prisonniers politiques[reference:53]. Un plan de paix en cinq points émis par les dirigeants de l'ASEAN en 2021 n'a pas réussi à mettre fin à la violence[reference:54]. Pour tenter de sortir de l'impasse, les ministres des Affaires étrangères de l'ASEAN ont rencontré leur homologue birman pour la première fois en cinq ans ce mois-ci à Bangkok, renouvelant leurs appels au dialogue entre tous les groupes belligérants[reference:55].

Les ministres des Affaires étrangères de l'ASEAN rencontreront également Wang Yi pour discuter de l'état des négociations sur un projet de "code de conduite" visant à empêcher les différends en mer de Chine méridionale de s'aggraver[reference:56]. Les affrontements territoriaux impliquent la Chine, Taïwan et les membres de l'ASEAN Brunei, Malaisie, Philippines et Vietnam, mais les confrontations ont particulièrement augmenté entre les garde-côtes et les forces navales chinoises et philippines ces dernières années[reference:57].

La secrétaire des Affaires étrangères des Philippines, Theresa Lazaro, qui accueille les réunions et est l'envoyée spéciale de l'ASEAN pour le Myanmar, a défendu l'engagement récent du bloc avec le gouvernement soutenu par l'armée du pays. "Le chemin vers la paix ne peut être obtenu que par une diplomatie résolue avec toutes les parties au conflit", a-t-elle déclaré[reference:58]. Les pourparlers doivent se poursuivre jusqu'à jeudi, le Forum régional de l'ASEAN devant réunir l'Union européenne, la Russie et d'autres partenaires clés[reference:59].