Le président russe Vladimir Poutine a effectué sa première visite aux îles Kouriles en se rendant à Iturup, dans l'archipel du Pacifique contrôlé par Moscou et revendiqué par le Japon. Il a visité une usine de transformation du poisson, un hôpital et une école, parlé aux habitants et rencontré le gouverneur de Sakhaline Valery Limarenko.
Le Japon revendique les quatre îles les plus méridionales, qu'il appelle Territoires du Nord, et nomme Iturup Etorofu. L'Union soviétique les a prises au Japon dans les derniers jours de la Seconde Guerre mondiale. Le différend de souveraineté a empêché Moscou et Tokyo de signer un traité mettant officiellement fin aux hostilités.
Le ministre japonais Toshimitsu Motegi a convoqué l'ambassadeur russe Nikolay Nozdrev et déposé une vive protestation. Il a déclaré que les îles étaient un territoire inhérent au Japon du point de vue historique comme du droit international et demandé au diplomate de transmettre directement la position de Tokyo à Moscou.
La Russie a rejeté la protestation comme infondée. Son ambassade affirme que les Kouriles du Sud sont devenues légitimement russes à l'issue de la guerre et que les déplacements présidentiels sont des décisions souveraines ne pouvant être discutées avec des États étrangers. Moscou a aussi renforcé progressivement ses installations militaires dans l'archipel.
Poutine est arrivé après avoir visité Sakhaline et observé la phase finale d'exercices de la Flotte du Pacifique. À bord d'un navire, il a dit que le statut actuel des îles avait été établi par des documents internationaux après la guerre, tout en affirmant que la Russie avait autrefois été prête à chercher une solution et conclure un traité de paix.
Le président russe a rappelé les relations constructives avec l'ancien premier ministre Shinzo Abe. Il a opposé cette période aux sanctions imposées après l'envoi de troupes russes en Ukraine en février 2022 et à la désignation de la Russie comme menace majeure, tout en assurant que Moscou restait disposé à coopérer avec ses voisins régionaux.
La première ministre japonaise Sanae Takaichi a qualifié la visite d'absolument inacceptable et incompatible avec la position de Tokyo. Elle a averti qu'elle durcirait l'opinion japonaise envers la Russie et rendrait la restauration des liens plus difficile à moyen et long terme. La dégradation affecte aussi les visites humanitaires d'anciens résidents japonais sur les tombes familiales.
L'ancien président russe Dmitri Medvedev a répondu que les objections japonaises ne changeraient pas le contrôle russe et que les îles resteraient russes. L'échange montre combien le différend s'est éloigné des compromis autrefois étudiés: la visite de Poutine était à la fois une inspection interne et une affirmation explicite de souveraineté dans des relations déjà dégradées par l'Ukraine.



